Kilwa 1 – ST 63 – L’inscription arabe –

Prospection

1.20

La première observation porte sur la graphie. Au premier coup d’œil, elle évoque celle qui a connu une grande diffusion au Bilâd ash-Shâm à partir de la seconde moitié du VIIe siècle. Le contexte et l’environnement du site évoquent Qasr Burquʿ, en Jordanie. La graphie de notre texte est d’un style identique à celle de Burqu‘, datée de l’an 81 de l’hégire / 700 de l’ère chrétienne. Il s’agit d’un texte de construction commandité par le calife al-Walid, cinq ans avant son accession au pouvoir (705-715). Dans ce texte, la basmalah est complète, selon la formule musulmane : bismillah ar-raḥmân ar-raḥîm. La graphie de notre inscription serait alors, par comparaison, antérieure au viiie siècle. Les céramiques trouvées à Kilwa, dans la fouille et en contexte, appuient cette datation. L’utilisation de la graphie arabe par une communauté chrétienne ne semble pas étonnante, ni même l’emploi de la basmalah. La communauté chrétienne melkite avait adopté la graphie arabe dans la liturgie et cette graphie a fini par être le symbole identitaire de cette communauté. Avant même que cette écriture ne devienne celle des Melkites et de la religion de l’islam, elle a été celle des tribus arabes de la Syrie, puisque la graphie de ce texte évoque certains aspects de l’inscription de Jabal Sâys, tels que le alif et le alif-lâm, le mîm, etc. Il faut rappeler que les inscriptions les plus anciennes en graphie arabe, connues à ce jour, sont au nombre de six : an-Namâra (328 de l’ère chr.), Zabad (au sud d’Alep, 512 de l’ère chr.), Ḥarrân (538 de l’ère chr.), Jabal Says (528 de l’ère chr.), Umm al-Jimâl (Jordanie du Nord, datation incertaine), et Jabal Ramm (Jordanie du Sud, datation incertaine). Quatre ont été trouvées dans le Ḥûrân (désert basaltique syro-jordanien) : an-Namâra, Ḥarrân, Jabal Sâys et Umm al-Jimâl, dont trois dans des églises : Ḥarrân, Umm al-Jimâl, Zabad. Une seule sort du lot, celle de Jabal Ramm (Jordanie du Sud, ive siècle de l’ère chr.). La deuxième observation porte sur le contenu de l’inscription. Le texte mentionne la présence d’une ḥimat, une réserve destinée à recueillir l’eau de pluie et à l’agriculture. Ceci correspond parfaitement aux éléments architecturaux du site et aux données archéologiques mises en évidence par notre projet.

Bonne

Bloc

Est

  • Saba Fares

 

بسم الله حمة أهل تكلا من أقليم

Bism Allâh ḥimat ’hl Taklâ min ’Iqlîm

  • Croix

Islamique

Islamique ancien

prière

’hl Taklâ

’Iqlîm

ḥimat

Taklâ = Thècle

Allâh

Linteau

Lettre érodées vers la fin du texte

  • Farès, Saba. L’inscription arabe de Kilwa. Semitica et Classica. N° 3, 2010. pages 241 - 248.

Description

En novembre 1932, George Horsfield, alors directeur des Antiquités de Transjordanie, Agnes Horsfield et Nelson Glueck, alors directeur de l’American School of Oriental Research à Jérusalem, effectuent une exploration de cinq jours à Kilwa (Arabie). Les auteurs signalent la présence d’un monastère et de nombreuses croix. Dans un premier article publié en 1933, ils donnent une très rapide description des vestiges et se concentrent sur les gravures rupestres préhistoriques. Ils signalent néanmoins la présence, parmi les vestiges, d’une inscription en graphie arabe accompagnée d’une croix. Cette inscription avait été signalée pour la première fois par G. Bell, passé par Kilwa, sur le chemin de Ḥâ’il. En 1936, N. Glueck publie une étude des vestiges archéologiques de Kilwa et les plans des bâtiments qui se trouvent au sud du site. Il y donne une lecture de l’inscription, étudiée par L. A. Mayer de l’Université hébraïque. L. A. Mayer ne parvient à lire que la basmalah et avance la lecture de trois autres mots, mais tous sont erronés. Il propose de dater le texte de la fin du Ier millénaire après l’ère chrétienne. Neuf ans plus tard, en 1943, A. Horsfield publie un article plus fourni où elle donne plus de détails sur cette inscription, après consultation du Père dominicain Savignac, pour qui la graphie serait aussi de la fin du Ier millénaire. Depuis 2008, nous avons repris le travail de nos prédécesseurs : nous avons entamé des fouilles dans le monastère (figure 1) et des prospections archéologiques et épigraphiques dans une zone de 40 km de diamètre. Lors de notre première visite en 2005, inscription est restée intacte, en très bon état, pas du tout détériorée depuis le passage de l’équipe anglaise. L’inscription est gravée sur le linteau de la porte d’une cellule, qui porte le no 63 dans notre inventaire. Le linteau mesure 1,20 m de long sur 0,30 m de hauteur. Dans la partie droite a été dessinée une croix aux bras en forme de triangle. À gauche se trouve l’inscription. Elle est gravée sur une surface préparée, des traces d’outil sont visibles, formant une sorte de cartouche. Le texte a résisté à la lecture pendant très longtemps, probablement parce que les différentes tentatives n’avaient pour support iconographique qu’une photographie, ce qui rend la lecture difficile faute d’avoir vu le texte in situ, à cause des traces d’outils sur la pierre qui peuvent prêter à confusion.